Plongée dans la création immersive : rencontre avec Julien Dubois, scénographe et innovateur culturel
Les expositions immersives connaissent une popularité fulgurante dans les grandes villes, attirant un public toujours plus varié. Mais que se passe-t-il derrière le rideau de lumière, de projections et de dispositifs interactifs ? Pour éclairer les coulisses de ces expériences multisensorielles, nous avons rencontré Julien Dubois, créateur d’exposition et scénographe indépendant, qui revient pour amourauquotidien.fr sur ses inspirations, ses méthodes et l’impact de ce nouveau format sur le public.
Transformer la visite en expérience : la genèse créative
Dès les premiers échanges, Julien précise : « Une exposition immersive commence bien avant l’installation du premier projecteur : tout part du récit, de l’univers que l’on cherche à partager et surtout de la façon dont on veut le faire vivre au public. »
Sa démarche s’articule autour d’un principe central : engager chaque visiteur, qu’il soit amateur d’art ou simple curieux, grâce à une narration qui sollicite à la fois l’intellect et les sens. « L’exposition statique classique présente souvent un décalage avec les attentes des visiteurs d’aujourd’hui, notamment les plus jeunes. L’immersion, c’est l’opportunité de proposer un parcours dynamique, où l’on touche, écoute, regarde, interagit ».
Les ingrédients d’une exposition immersive réussie
- Un fil narratif pensé pour la déambulation : « J’écris chaque exposition comme un scénario de film. Je réfléchis à la tension dramatique, à la progression des découvertes. L’immersion, c’est l’art du dosage entre surprise et repères. »
- L’intégration du son et de l’image : « Le son spatialisé, la vidéo à 360°, la lumière, mais aussi les textures et les odeurs, complètent une scénographie. Chaque média doit avoir une raison d’être, renforcer le sujet, sans surcharger ou perdre le propos. »
- La place active du public : « Aujourd’hui, les visiteurs veulent agir, voter, réagir, parfois même co-créer. C’est pourquoi je propose régulièrement des dispositifs interactifs : des écrans tactiles, des objets à manipuler, ou des dispositifs où le public influence la projection. »
Changer la perception : l’apport des technologies immersives
Julien n’a pas toujours travaillé avec des dispositifs de réalité augmentée ou des mappings vidéo. « J’ai d’abord cherché à transformer l’espace par la lumière et le parcours. Les nouvelles technologies offrent des outils puissants, mais ce sont les émotions suscitées qui restent fondamentales. »
Selon lui, l’enjeu n’est pas simplement d’ajouter du spectaculaire, mais de provoquer une rencontre différente avec l’œuvre présentée : « Voir une toile de Van Gogh projetée en géant, accompagnée d’un univers sonore mis en scène, modifie la façon dont on perçoit sa peinture. Le visiteur se retrouve au cœur du processus créatif, il devient acteur de sa propre visite. »
Le défi de l’authenticité : conserver le sens, éviter le gadget
À la question souvent posée sur le risque de « gadgétisation » de l’art ou du propos scientifique via l’immersion, Julien répond sans détour : « Chaque choix technologique doit servir la compréhension, accentuer l’émotion ou la réflexion. L’objectif n’est jamais de détourner l’attention du sujet. C’est notre responsabilité en tant que créateurs de maintenir ce cap ».
Il insiste ainsi sur les phases de tests en amont, sur la collaboration avec les conservateurs, les experts et parfois même le public, via des sessions pilotes : « On écoute beaucoup les premiers retours, notamment des groupes scolaires. Ils démasquent vite le superflu ou l’inutile. »
Une logistique invisible : de l’idée à la réalisation
Concevoir une exposition immersive requiert une coordination millimétrée. « L’équipe type comprend des scénographes, ingénieurs du son, vidéastes, développeurs numériques, mais aussi ergonomes. La grande difficulté est de rendre invisible tout le dispositif technique pour laisser place à la magie de la déambulation. »
La pandémie a par ailleurs accéléré la demande de dispositifs « touchless », comme les interactions via smartphone ou le suivi de mouvement par caméra. Julien y voit « une opportunité de renouer avec la dimension sensible tout en garantissant l’accessibilité à tous ».
Le public au cœur du projet : nouveaux usages, nouveaux publics
Julien se réjouit d’avoir vu émerger un public jeune et varié, parfois éloigné des musées traditionnels : « Les expositions immersives attirent en effet beaucoup d’adolescents, de familles, de personnes peu susceptibles d’entrer dans un musée classique. Et elles fidélisent aussi : beaucoup reviennent pour de nouvelles expériences. »
En témoigne le succès de « Noir Lumière », l’un de ses derniers projets, où la thématique de la lumière dans l’art contemporain se vivait à travers un parcours nocturne sonore et visuel, plébiscité pour sa capacité à « changer l’échelle de perception » et à « offrir un voyage hors du temps ».
Conseils pratiques : comment bien vivre une exposition immersive ?
- Prendre le temps : « On ne parcourt pas une exposition immersive en accéléré. Prévoyez au moins une heure pour sentir pleinement l’ambiance, oser revenir en arrière ou refaire un parcours. »
- Rester curieux : « Tous les dispositifs ne sont pas ludiques de la même façon. N’hésitez pas à explorer, à toucher, à tester, à poser des questions aux médiateurs sur place. »
- Laisser venir les émotions : « On vit parfois des moments très personnels devant une œuvre. Acceptez de ressentir, d’être surpris, de ne pas tout comprendre immédiatement, cela fait partie de l’expérience immersive ! »
Les tendances à venir dans l’exposition immersive
Pour Julien, la révolution immersive ne fait que commencer. « On voit naître des expositions où l’IA compose la bande-son en temps réel selon la fréquentation, ou encore des parcours entièrement personnalisés grâce aux données collectées en début de visite – si l’on y consent librement. »
Autre horizon : les expositions-hybrides, où la visite réelle se prolonge en ligne, via la réalité virtuelle ou la participation à des forums thématiques, cultivant un lien renouvelé avec le public, même après la sortie des salles.
Bonnes pratiques pour les institutions, artistes ou médiateurs
- Collaborer dès le départ : « Rassembler scénographes, experts du contenu, médiateurs, développeurs tech, mais aussi des membres du public cible, dès les premières étapes, garantit une exposition plus juste et plus enthousiasmante. »
- Penser simplicité : « Mieux vaut une seule idée forte, incarnée, qu’une profusion d’effets gadgets. La scénographie, c’est d’abord l’art de mettre en valeur l’invisible, de bâtir un fil conducteur solide. »
- Tester, ajuster, écouter : « Des tests sur place, des enquêtes de satisfaction, l’observation des comportements réels valent mille études théoriques. Le visiteur est le meilleur indicateur de réussite. »
Changement de perception : une démocratisation de la culture par les sens
Les expositions immersives, loin d’être un phénomène de mode superficiel, amorcent une transformation durable : « Elles contribuent à démocratiser l’accès à la culture, à décloisonner les publics, à renouveler notre façon de découvrir l’art ou la science. »
En rendant chacun acteur, en misant sur l’émotion et la curiosité, l’immersion pourrait bien être la clé d’un rapport renouvelé à l’art : « Ce sont parfois les enfants et les néophytes, ceux qui n’avaient pas a priori de connaissance particulière, qui vivent les plus belles rencontres dans une exposition immersive. »
Conclusion : la promesse d’un autre regard sur la visite culturelle
Tant pour les passionnés que pour les novices, les dispositifs immersifs offrent un espace d’expérimentation et d’émerveillement. Chez amourauquotidien.fr, nous encourageons les lecteurs à tenter l’expérience, à se laisser surprendre – et à partager en rubrique Communauté leurs ressentis, leurs astuces de visite et les expositions qui ont changé leur perception du monde.
Que vous soyez créateur, visiteur ou simplement curieux, les expositions immersives sont une invitation à sortir du cadre : franchissez le seuil, ouvrez vos sens, et découvrez ce que la culture immersive peut apporter au quotidien.