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Dialogue avec une artiste peintre sur son exposition engagée

Par Maxime
4 minutes

Engagement artistique et société : rencontre avec Clémence Borel


Dans une salle baignée de lumière, au cœur d’un centre d’art émergent de la région lyonnaise, Clémence Borel accueille les visiteurs les yeux emplis d’énergie. Aujourd’hui, la jeune artiste peintre dévoile sa toute dernière exposition, un ensemble cohérent de toiles qui interroge la place de l’humain dans un monde en mutation. Nous avons eu la chance d’échanger avec elle sur ses motivations, sa démarche et les enjeux qui irriguent la création contemporaine.


Une vocation forgée dans l'observation du monde


Depuis l’enfance, Clémence a été marquée par le tumulte de la société et la quête de sens face aux défis écologiques, sociaux et identitaires. « Dès ado, je remplissais des carnets de croquis sur tout ce qui m’indignait ou me fascinait », confie-t-elle en souriant. La découverte de l’histoire de l’art et des mouvements engagés, de Guernica de Picasso aux graffitis de Banksy, l’a confortée dans l’idée que la peinture pouvait devenir une véritable arme pacifique.


Après des études à l’École nationale des beaux-arts et plusieurs résidences artistiques, Clémence choisit résolument de placer son engagement au cœur de sa pratique. Sa préférence va à l’acrylique pour la spontanéité du geste, et aux grands formats pour mieux saisir l’image d’ensemble.


Une exposition qui interpelle : « Nos Mondes Brisés »


L’exposition actuelle, intitulée Nos Mondes Brisés, s’inspire autant de l’actualité climatique que du défi du vivre-ensemble au XXIe siècle. Les œuvres mêlent corps humains fragmentés, paysages urbains fissurés et végétation résiliente, dans une grande cohérence visuelle et émotionnelle. L’artiste décrit son processus : « J’essaie de rendre visibles les failles – celles qu’on cache, celles qu’on subit. Mon but est d’alerter sans moraliser, d’ouvrir le dialogue sans imposer une vérité. »


À travers une quinzaine de tableaux, chaque visiteur est invité à décrypter des symboles : mains tendues, silhouettes de manifestants, animaux menacés, champs asséchés. La palette, vive mais parfois saturée de gris et de rouges, renforce la dimension dramatique et appelle à l’action collective.


La place du public : invitation à la participation


L’engagement de Clémence se prolonge au-delà de ses œuvres accrochées. Tout au long de l’exposition, des ateliers participatifs sont proposés : Mur des voix (écrire ses espoirs et indignations sur une fresque collective), rencontres débats avec des acteurs associatifs locaux, et même une boîte à idées invitant chacun à proposer des sujets à traiter en peinture lors de futurs projets.


L’artiste explique : « Je crois que l’art engagé ne doit pas rester un monologue. Il doit créer du lien, offrir un espace d’expression à celles et ceux qui n’en ont pas toujours. Quand un visiteur se met à dessiner, écrire, débattre, l’œuvre prend alors vie de façon totalement inédite. »


Le processus créatif : du choc à la toile


Quelles sont ses sources d’inspiration ? Clémence avoue qu’un simple reportage, une manifestation, ou une conversation suffisent à déclencher l’idée d’une nouvelle série. « J’ai besoin d’être au contact de la réalité. Je prends beaucoup de notes, des photos, et j’esquisse en rentrant à l’atelier. Ensuite, le passage du carnet à la toile est très physique, presque cathartique. »


Certains tableaux, comme La Dernière Marche ou Frontières Invisibles, sont nés d’événements choquants récents et évoquent avec pudeur le thème de l’exil, de la solidarité ou de la transmission. « Parfois, je repeins plusieurs fois pour trouver le juste équilibre entre l’émotion brute et une forme d’espérance », explique-t-elle.


Engagement et équilibre : entre utopie et pragmatisme


Peut-on changer le monde avec des pinceaux ? La question revient souvent lors des discussions avec les visiteurs. Clémence répond sans détour : « Je ne prétends pas changer le monde à moi seule. Mais si une toile suscite une prise de conscience, encourage au dialogue, ou réveille l’empathie, c’est déjà beaucoup. »


L’artiste insiste également sur la nécessité d’un ancrage local et concret. Une partie de la vente de ses œuvres est reversée à une association d’insertion, et elle intervient dans des collèges pour sensibiliser les jeunes à l’art comme outil citoyen. « Je crois au pouvoir de l’exemple et à la contagion positive. »


Regards sur l’art contemporain engagé


Comment l’art engagé est-il perçu aujourd’hui ? Clémence note une évolution positive, avec un intérêt croissant pour les démarches authentiques. « On sent une attente du public pour des œuvres qui font réfléchir, avec du sens. Mais il faut aussi éviter l’écueil de l’anecdotique ou du militantisme esthétisant sans fond. »


Selon elle, l’artiste doit aujourd’hui naviguer entre la liberté d’expression et la responsabilité d’éviter les simplifications outrancières. « Mon travail, c’est d’être sincère et exigeante, de proposer des pistes de réflexion, pas des leçons. »


Pratique : découvrir l'exposition et prolonger l'expérience


  • Lieu : Centre d’art Les Traversées, 22 rue du Parc, Villeurbanne. Accessible en transports en commun et aux personnes à mobilité réduite.
  • Jusqu’au : 30 septembre 2024.
  • Horaires : Du mardi au dimanche, 10h-18h.
  • Tarifs : Exposition gratuite, ateliers participatifs sur inscription à prix libre.
  • Ateliers et débats : Consultez le programme sur amourauquotidien.fr.

L’exposition se prolonge également en ligne avec une visite virtuelle commentée, des interviews vidéos de l’artiste et des podcasts qui explorent la thématique de l’engagement à travers le prisme de la peinture contemporaine.


Bilan : quand l’art reprend la parole


À travers sa voix singulière et son travail de terrain, Clémence Borel incarne une nouvelle génération d’artistes convaincus que la création peut et doit jouer un rôle dans la société. Son exposition Nos Mondes Brisés n’est ni un manifeste fermé ni un simple constat, mais bien une invitation à penser, ressentir et agir ensemble face à l’urgence des défis contemporains.


Vous souhaitez partager votre expérience de visite, réagir ou poser une question à l’artiste ? Partagez vos impressions et témoignages sur le forum de amourauquotidien.fr, et contribuez ainsi à faire vivre le débat autour de l’art engagé !

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