Tendances

L’engagement écologique dans la musique : nouvelle tendance ou greenwashing ?

Par Maxime
6 minutes

Musique et environnement : entre prise de conscience et stratégie marketing


Depuis quelques années, la question écologique s’est invitée dans tous les secteurs de la société. La musique, qu’elle soit enregistrée ou jouée sur scène, ne fait pas exception et nombre d’artistes, de labels et d’organisateurs se revendiquent désormais « écoresponsables ». Cette exigence, portée par un public de plus en plus sensible aux enjeux environnementaux, interroge : assiste-t-on à un véritable basculement durable du secteur ou bien à une intoxication au greenwashing ? Entre initiatives sincères, bouleversements concrets et stratégies parfois opportunistes, amourauquotidien.fr fait le point sur la réalité de l’engagement écologique dans la musique en 2024.


Un secteur sous pression : pourquoi la musique doit-elle se réinventer ?


Longtemps, la musique a semblé déconnectée des préoccupations environnementales. Pourtant, entre la production de vinyles ou de CDs, le streaming énergivore, la logistique des tournées internationales et l’organisation d’énormes festivals, le secteur affiche une empreinte carbone loin d’être négligeable. Un rapport publié en 2022 estimait ainsi que l’industrie musicale émettait, chaque année dans le monde, l’équivalent de plusieurs millions de tonnes de CO2.


L’essor du streaming n’a pas tout résolu : si les supports physiques ont reculé, l’empreinte numérique de la musique a explosé, portée par la consommation massive de plateformes et des centres de données toujours plus gourmands en énergie. De leur côté, festivals et concerts, qui signent le retour en force du live depuis la pandémie, sont confrontés à la gestion des déchets, aux transports du public et des équipes, à la restauration, à la consommation d’électricité… Autant de défis qui incitent, bon gré mal gré, à réévaluer de fond en comble les pratiques du secteur.


Des initiatives concrètes : labels, artistes et organisateurs à l’avant-garde


Loin de rester dans le déclaratif, certains acteurs font le pari de l’engagement authentique :


  • Labels « verts » : De plus en plus de maisons de disque choisissent de fabriquer leurs supports à partir de matériaux recyclés, d’opter pour des packagings minimalistes, ou de proposer des éditions numériques compensées carbone. Certains, comme le collectif anglais Music Declares Emergency, militent pour la neutralité carbone d’ici 2030.
  • Festivals engagés : We Love Green à Paris, pionnier du genre, privilégie des installations écoresponsables, impose le tri et la valorisation des déchets, favorise la mobilité douce et s’approvisionne localement. D’autres, comme le Cabaret Vert à Charleville-Mézières ou Rio Loco à Toulouse, misent sur la réduction des plastiques à usage unique et la sensibilisation des festivaliers.
  • Tournées repensées : Certains artistes, comme Coldplay ou Billie Eilish, se sont engagés à limiter drastiquement le nombre de vols en avion, à privilégier le train ou l’autocar, à mutualiser les équipements et à compenser leurs émissions. Dans l’hexagone, des groupes choisissent d’effectuer leurs tournées uniquement en véhicules électriques ou partagés, et de s’associer à des acteurs locaux pour minimiser les distances parcourues.
  • Éco-conception du merchandising : Utilisation de textiles bio, encres végétales, production à la demande ou circuit court pour l’élaboration du « merch » : le virage est amorcé, même si la rentabilité reste complexe à atteindre.

L’écologie musicale, effet de mode ou nouvelle norme ?


Emailings, posts Instagram, clips de sensibilisation, badges sur les sites officiels… La rhétorique verte envahit la communication du secteur musical. Mais derrière la promesse marketing, qu’en est-il vraiment sur le terrain ? Plusieurs indices incitent à la prudence :


  • Certains événements affichent une « charte verte » tout en continuant à privilégier une programmation internationale ultra-centralisée, impliquant des déplacements aériens massifs.
  • Des audits indépendants révèlent parfois de grands écarts entre les annonces publiques et l’impact réel (quantité de CO2 réellement compensée, façon dont les déchets sont traités, provenance réelle des circuits courts…).
  • L’utilisation de termes vagues comme « éco-responsable » ou « neutralité carbone » masque parfois un manque de transparence dans les méthodes utilisées.

Cependant, l’évolution réglementaire et médiatique tire peu à peu le secteur vers plus d’exigence. Plusieurs festivals ou artistes se sont engagés à publier chaque année un bilan détaillé de leur empreinte environnementale, et des labels indépendants lancent des certifications ou des labels écologiques vérifiés par des organismes tiers.


Greenwashing : comment démêler le vrai du faux ?


Le greenwashing, ou éco-blanchiment, consiste à brandir l’écologie comme simple argument de vente sans revoir en profondeur les pratiques. Dans la musique, il peut prendre diverses formes :


  • Communication outrancière sur le recyclage d’un article ou un partenariat faiblement impactant, alors que les postes majeurs d’émissions ne sont pas abordés (transports, énergie…)
  • Production massive de « goodies » végétaux ou recyclés alors que le meilleur geste écologique serait d’en limiter la quantité
  • Utilisation de labels non certifiés ou d’allégations imprécises sur la compensation carbone

Pour le public comme pour les professionnels, quelques bonnes pratiques permettent d’y voir plus clair :


  • Privilégier les acteurs qui détaillent publiquement leur bilan carbone annuel et leurs sources d’amélioration
  • Se renseigner sur les partenaires (prestataires énergie, restauration, transports) privilégiés par l’organisation
  • Favoriser le « low tech » : programmation locale, supports physiques ressourcés, expériences musicales minimalistes sans effet de surenchère technique
  • Être attentif à la logique de sobriété plutôt qu’à la seule logique compensatoire

Musiciens et public, tous parties prenantes : responsabilité partagée


L’impact environnemental du secteur dépend autant des artistes et organisateurs que des spectateurs eux-mêmes. Voici quelques gestes utiles à la portée de tous :


  • Côté artistes : limiter les impressions promotionnelles, privilégier les tournées « à étapes raisonnables », optimiser le matériel et les équipements partagés, sensibiliser le public lors des concerts, choisir une production « verte » pour les supports physiques.
  • Côté publics : opter pour le covoiturage, privilégier les festivals locaux, limiter l’achat de produits dérivés, utiliser sa gourde plutôt que des gobelets jetables, soutenir les initiatives réellement vertueuses.

Vers un nouveau modèle : quelles perspectives pour l’avenir ?


Face à la demande croissante d’authenticité, il n’est plus possible pour le secteur musical de se contenter d’ajustements cosmétiques. La transition écologique implique une réécriture des modèles, de la programmation à la gestion des ressources humaines, en passant par le choix des partenaires et des infrastructures.


  • Les innovations technologiques (billetterie dématérialisée, équipements basse consommation, streaming plus sobre, biocarburants pour les navettes…) offrent des perspectives tangibles, à condition qu’elles s’accompagnent d’une réelle pédagogie auprès du public.
  • De plus en plus d’acteurs expérimentent la co-construction des événements : implication d’associations, de collectifs citoyens, d’artisans locaux pour repenser la fête musicale comme un écosystème collaboratif et responsable.
  • À l’échelle internationale, des coalitions émergent pour fixer des standards partageables et éviter la dispersion des efforts. L’ambition est de bâtir une véritable « culture commune » de l’écoresponsabilité musicale, et de mesurer dans la durée les progrès réalisés.

Bonnes pratiques : de l’engagement individuel à la dynamique collective


  • Pour les organisateurs : impliquer le public dans la démarche, favoriser la transparence financière et écologique, publier un bilan d’impact, former les équipes à l’écoresponsabilité réelle.
  • Pour les artistes : utiliser leur influence pour relayer des messages pédagogiques, soutenir les innovations solidaires, questionner la nécessité de certaines pratiques (comme les déplacements lointains systématiques).
  • Pour les spectateurs : questionner leurs attentes, éviter les comportements « à l’ancienne » (jet de plastique, surconsommation de goodies), valoriser les offres audiovisuelles alternatives moins énergivores.

Bilan : effet d’annonce ou virage structurel ?


L’engagement écologique dans la musique n’est plus seulement une tendance : il s’affirme comme une nécessité vitale pour assurer la pérennité et la légitimité du secteur. Cependant, l’écart reste important entre le discours de façade et la transformation réelle des modes de production et de consommation. C’est en cultivant la clarté, l’exigence et une forme d’humilité – loin des slogans vides – que la musique pourra se réinventer, renouer avec le sens du partage, et devenir une alliée crédible de la transition écologique. Le défi est à portée de main, à condition d’y croire collectivement, et d’abandonner le superflu pour l’authentique.


Sur amourauquotidien.fr, nous continuerons à explorer, comparer et partager les initiatives réjouissantes : envoyez-nous vos expériences, vos coups de cœur et vos meilleures idées pour une musique qui résonne en harmonie avec la planète. 


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