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Interview exclusive d’un organisateur de festival d’art

Par Maxime
4 minutes

Plongée dans les coulisses d’un festival d’art contemporain


Chaque été, la France vibre au rythme des festivals, mais derrière la scène se cachent des mois de préparation, des défis logistiques et une passion inextinguible pour l’art sous toutes ses formes. Pour mieux comprendre ce qui anime les organisateurs et ce qu’il se passe réellement dans les coulisses, amourauquotidien.fr s’est entretenu avec Louis Bernard, directeur artistique et co-fondateur du festival "Éclats d’Art Urbain", un événement qui rassemble chaque année street-artistes, performeurs, photographes et passionnés de toutes générations.


Un festival, entre vision et exigence


Amour au quotidien : Louis Bernard, comment développe-t-on un festival d’art qui fait sens aujourd’hui ?


Louis Bernard : Pour moi, tout part d’une conviction : l’art doit sortir de ses murs, s’adresser à tous et provoquer la rencontre. Lorsqu’on a fondé "Éclats d’Art Urbain" il y a 8 ans, avec mon équipe, on voulait offrir un espace où artistes émergents, confirmés, habitants locaux et visiteurs pouvaient dialoguer librement.
Aujourd’hui, l’exigence est double : il faut rester fidèle à notre ADN, mais aussi s’adapter aux attentes actuelles : diversité artistique, écoconception, accessibilité. Un festival, c’est un projet collectif qui demande une vision claire et une grande écoute des dynamiques du secteur culturel comme des publics.

De l’idée au programme : préparatifs et choix artistiques


Comment sélectionnez-vous les artistes et les œuvres qui composeront le festival ?


La sélection commence parfois plus d’un an à l’avance. On fonctionne avec un comité artistique, composé d’artistes, de médiateurs et de membres associatifs. D’abord, on définit un fil rouge : cette année, c’est « Mutations », pour interroger les évolutions de la création urbaine et de l’espace public.
On lance un appel à projets et chassons aussi les talents sur les réseaux ou dans d’autres festivals.
Nous privilégions l’audace, la capacité à surprendre, mais aussi la volonté des artistes de partager ou co-créer avec le public.

Une part importante du programme est consacrée à l’action participative : fresques collectives, ateliers intergénérationnels, performances collaboratives… "Le festival doit être vivant, mouvant, réactif : c’est dans son ADN."


Éthique, inclusion, environnement : les nouvelles priorités


Quels nouveaux enjeux apparaissent dans l’organisation d’un événement artistique de cette ampleur ?


Depuis trois ans, on sent une demande croissante du public et des artistes pour un engagement concret. Par exemple, toute la scénographie est conçue en matériaux réutilisables ou recyclés. Nous avons créé un partenariat avec la recyclerie locale pour construire les structures des expositions temporaires.
Sur l’inclusion, on collabore avec des associations pour favoriser l’accessibilité (parcours adaptés, traduction en LSF, billets solidaires). Toutes les performances sont gratuites ou à participation libre. Le but est de lever tous les freins pour toucher de nouveaux horizons.

Le montage pratique : logistique, imprévus et solidarités


À quoi ressemble le travail d’un organisateur à quelques semaines puis à quelques jours de l’événement ?


Un festival requiert près de 10 mois d’organisation, mais les 2 dernières semaines sont un véritable sprint. Il faut superviser l’installation des œuvres, vérifier la sécurité, adapter le planning au gré des imprévus (météo, transports de matériel, retours last minute des artistes).
La clé, c’est la solidarité d’équipe : bénévoles, techniciens, restaurateurs, agents de sécurité… chacun fait face avec inventivité. On développe des tutoriels en ligne pour anticiper l’arrivée des bénévoles, on diffuse des fiches pratiques pour la gestion technique ou la médiation culturelle.
Le stress fait partie du jeu, mais l’ambiance reste toujours stimulante et créative.

L’impact sur la ville et le public : transmettre, surprendre, réunir


Comment un festival peut-il réellement laisser une trace positive et durable ?


Notre plus grande fierté, ce sont les échanges. Voir des enfants guider des seniors dans un atelier ou des riverains s’approprier l’œuvre d’un artiste venu de l’autre bout de la France, c’est l’essence même du festival.
On travaille avec les écoles, les Ehpad, les associations d’insertion… Et chaque année, plusieurs œuvres ou fresques restent dans la ville, créant ainsi un parcours permanent. Notre ambition : que le festival serve de tremplin à des initiatives locales, suscite des vocations et renforce le lien social.

Le festival « Éclats d’Art Urbain » agit aussi comme vitrine pour de jeunes artistes, grâce à des séances découvertes, des tutoriels sur la pratique du street-art ou la photo d’art, accessibles gratuitement sur leur site. Cette stratégie s’intègre dans un principe de transmission : « Partager l’art, ce n’est pas juste exposer : c’est donner des outils, des envies, des clés. »


Conseils d’expert pour les futurs organisateurs


  • Construire un réseau solide : s’entourer d’artistes, de bénévoles, de collectivités, de partenaires locaux et associatifs pour mutualiser les compétences et sécuriser le projet.
  • Être à l’écoute : du public, des retours d’expérience, des évolutions du secteur. L’organisation d’un festival n’est jamais figée : les meilleures idées naissent souvent du terrain.
  • Mettre l’accent sur la médiation : proposer des parcours adaptés, des guides pratiques, des ateliers participatifs. L’accompagnement est déterminant pour que chaque visiteur se sente concerné.
  • Privilégier la qualité au spectaculaire : le sens, l’authenticité et la cohérence priment sur la surenchère permanente.
  • Préparer des plans B : l’accueil, la météo, le matériel, tout doit être anticipé, avec souplesse et réactivité.

L’humain, au cœur de l’aventure


Louis Bernard conclut : « Un festival, ce sont des rencontres avant tout : artistes, habitants, bénévoles, tous mettent leur énergie au service d’un projet qui les dépasse. Ce qui me porte, c’est de voir des liens se tisser, parfois au détour d’une fresque ou d’un atelier improvisé. »


Bilan : festivaliers, n’attendez plus pour explorer


Organiser ou vivre un festival artistique est une expérience unique. Que l’on soit visiteur occasionnel ou passionné, l’important est de s’approprier les événements proposés, d’oser le dialogue, la rencontre, la découverte. Les festivals, comme « Éclats d’Art Urbain », tissent des ponts entre les disciplines et entre les publics, renouvelant chaque année le plaisir de l’art en partage.


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